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[fol. 51v]
[fol. 52]

Office ou lettre de change 1

Karolus etc., universis presentes litteras inspecturis, salutem. Notum facimus quod nos Tali, a quo, si ydoneus existat, in et super facto cambii per generales monetarum nostrarum magistros solitum ordinavimus recipi juramentum juxta ordinaciones regias super facto dictarum monetarum novissime editas2, licenciam et auctoritatem hujusmodi cambii factum excercendi in talibus senescalliis vel bailliviis et eorum ressortis et exempcionibus novis et antiquis concessimus et concedimus per presentes de gracia speciali, quamdiu nostre placuerit voluntati ; earumdem litterarum tenore dictarum senescalliarum senescallis vel : dictarum bailliviarum baillivis ceterisque justiciariis nostris vel eorum locatenentibus et eorum cuilibet, prout ad eum pertinuerit, mandantes quatinus, visis testimonialibus litteris dictorum generalium magistrorum factoque per ipsum Talem solito juramento in talibus fieri assueto, prefatuma Talem aut ejus clericum aut factorem pro eo juxta hujusmodi concessionem nostram prefatum cambii factum exercere pacifice et absque difficultate permittantb nec in ipsiusc facti excercio cambii ipsos quomodolibetd impediant sive ab aliquo impediri paciantur, proviso tamen quod memoratus Talis tradet quolibet anno quamdiu factum cambii exercebit XX ti marchas argenti et IIII or auri in moneta nostra tali seu alia proximiori dicti loci. In cujus rei testimonium etc.
Datum etc. — Vel sic : proviso tamen etc., loco de « XXti marchas » : tot marchas argenti et auri quot per dictos generales magistros sibi fuerit institutum seu ordinatum et quod de composicione liqueat per litteras ipsorum generalium magistrorum. In cujus rei testimonium etc. Datum etc.


a pretatum ms, corrigé avec P.
b premittant ms, corrigé avec P.
c ipsi ms, corrigé avec P ; le formulaire lat. 17056 confirme le bien fondé de la correction en donnant in ipsius facti cambii exercicium, “dans l'exercice dud. fait de change”.
d quomolibet ms.
1 Cette formule est aussi présente dans le formulaire lat. 17056, du règne de Charles VI (fol. 2), où ses données ne sont pas autant dépersonnalisées que chez Morchesne : son bénéficiaire est désigné par sa qualité de marchand, et son ressort est défini comme le bailliage de Lyon et Mâcon ; elle ne présente pas toutefois la variante finale qui figure chez Morchesne. Une version proche à certains égards de ces deux textes se trouve déjà dans un formulaire du règne de Charles V (Bibl. nat. de Fr., lat. 4641, fol. 45v). Même fixisme en aval : une lettre de 1478, très proche dans sa rédaction de la formule fournie par Morchesne (mais n'offrant pas la clause introduite par proviso quod), a été publiée par C. Douais, Un registre de la Monnaie de Toulouse : pièces inédites, 1465-1483, dans Annales du Midi, t. 11, 1899, p. 145-168, aux p. 147-148. — Le nom de lettre de change ne désigne évidemment pas ici l'instrument financier célèbre chez les médiévistes, mais la licence permettant à un changeur d'exercer son métier. C'est dès les années 1340 que la royauté commença à soumettre l'exercice du change à l'obtention d'un acte royal ou d'une commission des généraux des monnaies : Marc Bompaire et Françoise Dumas, Numismatique médiévale, Turnhout, 2000 (L'atelier du médiéviste, 7), p. 427 ; en 1407, on rappela que l'on ne pouvait depuis 1384 changer sans lettres (O.R.F., t. IX, p. 188), obligation rappelée en 1421 (O.R.F., t. XI, p. 140 et 143) ; de semblables rappels furent faits quant à l'obligation pour les changeurs d'apporter chaque année aux ateliers royaux une certaine quantité de métal (communication Marc Bompaire).
2 L'expression, reprise à l'identique dans la lettre de 1478 citée à la note précédente, n'est pas assez claire pour faciliter l'identification précise de cette ordonnance.